« La BM s’est transformée en une Agence d’Aide au développement », dixit Mamadou Bano Barry, vice Recteur à l’Université GLC de Sonfonia.
La Banque Mondiale (BM), malgré ses multiples interventions en Afrique, elle peine toujours à atteindre son objectif qui consiste à aider les pays africains à se prendre en charge. Mais hélas ! L’indice de pauvreté dans ce continent ne ferait qu’augmenter au grand dam de ses populations. Comme nous le confirme ici l’intervention de cet éminent professeur d’université. Dr Mamadou Bano Barry, vice Recteur de l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia, qui n’utilise pas la langue de bois pour faire l’autopsie de cette institution financière internationale.
Selon lui, l’intervention de la BM en Afrique constitue purement et simplement un échec; du moins jusque là. « Il faut dire que la Banque Mondiale est consciente que l’aide au développement a échoué en Afrique, elle a fait son propre mea-culpa », indique-t-il. Et selon les informations qu’il posséderait, il révèle que « depuis les indépendances, plus de mille milliards de dollars ont été investis dans les pays Africains ». Mais qu’en dépit de tout, l’indice de pauvreté ne fait qu’augmenter. Ainsi pour lui, il est donc temps que la Banque Mondiale prenne la décision de se remettre en cause.
La consultation initiée par cette institution pour la mise en place d’une nouvelle stratégie de la BM en Afrique est une bonne chose, estime-t-il. D’autant que cette consultation avait pour objectif d’échanger sur l’intervention de la BM en Afrique afin de mettre en place une nouvelle politique permettant à l’institution d’intervenir efficacement dans les pays qui bénéficient de son aide. « Malheureusement, quand on entend la plupart des déclarations des pays participants (ndlr, le 15 juillet huit pays ont échangé à travers une vidéoconférence sur l’aide de la BM en Afrique), chacun a pensé à son pays, et il a voulu proposer à la BM, une stratégie de développement comme si la BM était son gouvernement », déplore-t-il. Ce qui, constate Bano Barry, constitue une fausse route pour ces pays africains. Pour cet intellectuel, la BM veut savoir la stratégie d’appui à mettre en place pour sortir le continent de l’ornière durant les 50 prochaines années.
Les propositions du Dr Bano à la BM
Pour le vice Recteur de l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia, la BM doit savoir aujourd’hui quatre (4) choses. « La 1ère des choses que la BM doit savoir, ce qu’elle doit rester une banque, elle ne peut pas se substituer aux Etats africains. Elle ne peut pas financier tout. Or elle est entrain de faire du saupoudrage en mettant de l’argent un peu partout. Ce qui n’a aucun effet bénéfique pour les pays africains. Elle doit financer les secteurs porteurs de croissance. Notamment, les voies routières et ferroviaires, les pistes rurales, les aéroports, l’agriculture, les mines etc. Ce n’est pas à la BM de financer les secteurs sociaux. Faire des spots publicitaires par exemple sur le VIH-Sida, n’est pas la mission de la BM, ça c’est le rôle de l’Etat. C’est dire que la BM doit financer les secteurs prioritaires. Aussi, elle doit savoir que l’élément fondamental de tout progrès reste l’Etat. Il faut donc que la BM renforce la capacité de L’Etat. Je vais vous donner un exemple concret : la BM amène de l’argent et demande qu’on lui propose des projets. Et au lieu d’élaborer un projet bancable bénéfique au pays, on sort le projet du ministère pour le domicilier ailleurs. On prend des cadres, on les paie 4.000, 5.000 ou 9.000 US, ils vont aller travailler là-bas. Et l’argent ne vient plus au niveau de l’Etat. Les meilleurs cadres quittent ainsi l’administration pour aller dans ces projets, l’Etats meurt. Or on ne peut pas faire le développement d’un pays si l’on n’appuie pas l’Etat et son administration. Ce qui ne voudrait aussi pas dire qu’on ne doit pas appuyer la société civile. Je veux dire qu’on ne doit pas appuyer la société civile contre l’Etat et vice versa. L’Etat est un instrument régalien fort, sans lequel il n’y a pas de loi, il n’y pas de justice, il n’y a absolument rien. La dernière chose que je souhaite que la BM fasse, c’est de concentrer ses efforts sur un secteur. Elle ne peut pas être partout et être efficace. Si vous prenez la Guinée, le meilleur projet de la BM, c’est la CBG (Compagnie des Bauxites de Guinée). La Guinée a emprunté de l’argent avec la Banque Mondiale, elle a financé Sangarédi, le chemin de fer, l’usine de Fria, la cité de Kamsar, le port. Ce qui a permis à la Guinée d’avoir une part importante dans les actions de la CBG. Si vous regardez l’ensemble des recettes de l’Etat, l’essentiel vient de la CBG, en dépit des bradages de notre économie ces dernières années. En tout cas, tout le monde reconnaît que quand la CBG ne travaille pas, l’économie Guinéenne meurt. Voilà un exemple pertinent de concentration des ressources financières dans un secteur et qui a donné des résultats », explique Dr Bano. Et de déplorer aussi que « Malheureusement quand la BM arrive ici, chaque Ministère vient avec un projet. Vous entendez clamer ici et là, il faut financer les femmes, il faut financer les enfants ou encore vous entendez dire les handicapés sont là. Chacun vient demander quelque chose comme si la BM, c’est l’Etat Guinéen. C’est à l’Etat Guinéen de financer les secteurs sociaux, et n’ont à la banque Mondiale. Quant à la BM, elle s’est transformée en une Agence d’Aide au développement ».
Samory Keita
Guinee55-business.com
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